Saison 3 Chapitre 4

CHAPITRE 4

En empruntant une route de sortie, on arrive enfin dans la zone spatiale. Ici, on peut envoyer la purée, il y a moins de contrôles car aucun risque de s'écraser sur un quartier tout entier. Les gens se lâchent, tout le monde veut arriver rapidement dans une zone plus sûre car beaucoup de pirates sont postés en embuscade. Un vaisseau isolé est une très bonne proie ; il est facile de se faire beaucoup d'argent en attendant dans un endroit ayant la bonne configuration. Nous ne nous sommes jamais fait attaquer et je ne m'inquiète pas trop pour ça, les cibles sont plutôt des transporteurs bien chargés, beaucoup plus lents que notre vaisseau et surtout beaucoup plus rentables pour les pirates. Nous faisons la route en six heures terriennes depuis la première planète jusqu'à la seconde (à peu près une demi-journée de la première planète) mais certains appareils peuvent diviser ce temps par trois. Avec des journées de douze heures terrestres sur la première planète, je ne dors qu'une nuit sur deux, les lézards, eux, dorment beaucoup plus. Il n'est donc pas étonnant de trouver sur la route de nombreux points pour se reposer, acheter de la bouffe,... Avoir cet avantage m'aide largement quand il s'agit de suivre des Valmériens, je ne suis jamais trop fatigué. Ils le sont bien avant moi. Les lézards ont en revanche une grande espérance de vie. En moyenne, ils peuvent atteindre une bonne grosse centaine d'années terrestres, quelques fois plus. Les Valmériens calculent leur âge bizarrement, il n'est pas basé sur des cycles de planètes autour du soleil mais sur un truc louche à propos du déplacement de leur système planétaire par rapport à la sortie du réseau traversant. De toutes les manières, j'ai rapidement compris qu'il fallait que je me calme sur les repères temporels : la majorité des gens comptent en jour de la première planète, ainsi, un jour de la deuxième planète fait à peu près huit jours de la première mais une année de la seconde planète se rapproche d'une demi-année de la première. Bref, c'est un putain de vrai bordel. Ça retourne le cerveau et j'ai mis du temps avant de savoir quand il fallait dormir. Depuis j'ai chopé un rythme plus ou moins régulier. Néanmoins, les trajets entre planètes foutent toujours la merde, même pour les Valmériens. Quand on prend cette route c'est qu'il y a du fric à se faire, personne se ferait chier avec ce décalage à la con sinon. Putain, non. Dans l'espace, il n'y a pas vraiment de délimitations claires pour savoir où voler, il faut juste faire attention à ne pas percuter un autre véhicule, les transporteurs, beaucoup plus lents que les autres vaisseaux, sont néanmoins obligés de suivre un itinéraire tracé pour ne pas provoquer de situations trop dangereuses. Les endroits pour se caler un peu sont indiqués bien à l'avance mais à part ça, on navigue surtout dans le néant. Paco me tend un pétard : « Alors, Sal, elle était bonne la petite gsène, hein ?
- Ouais, ouais.
- Tu sais, j'suis con mais j'ai bien compris pourquoi t'as été méchant avec moi.
- Quoi ?
- Ben, tu la veux c'est ça ?
- Déjà, j'ai pas été méchant avec toi. Mais tu fais chier à mal parler à tout le monde.
- J'ai simplement dit que son mec allait peut-être voir ailleurs et donc qu'il était pas mort, histoire de la rassurer.
- En plus, c'est dégueulasse de penser à la per-cho alors qu'on est censé retrouver celui qui la baise.
- Ouais, je sais.
- Voilà.
- Mais tu refuserais pas de lui mettre un petit coup ?
- Elle est pas mal, ouais.
- Haha, je le savais. », il a raison mais bon, ça me fait chier de le dire, je tire violemment sur le joint et lui rend pour pouvoir manœuvrer tranquille à travers quelques gros cailloux. Le lézard n'en a pas fini avec moi : « Mais bon, c'est une gsène. Je sais pas si vous êtes compatibles.
- Ouais, c'est sûr.
- Le GDM ne fait pas de comparaison entre gsènes, c'est con pour toi.
- Le quoi ?
- Le GDM, le Guide Des Mélanges.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Tu connais pas ? Attends voir... T'as baisé avec des Valmériennes sans l'avoir lu ? », putain, je savais que ce jour arriverait et puis merde, ce gars est mon pote, il va pas se foutre comme ça de ma gueule... : « Mec, depuis que je suis là, j'ai pas touché une chatte.
- Sérieux ? Jamais ?
- Ben, j'ai essayé avec une pute Valmérienne, une fois. Mais quand elle s'est dessapée, j'ai vu l'affaire... Un tas d'écailles tranchantes, j'allais pas mettre ma bite là-'dans. », il se marre comme un connard, il ne s'arrête plus, le con : « Putain, ferme ta gueule, toi et ta putain de bite d'acier. – il s'arrête de rire.
- Comment tu sais ?
- Ben vu que t'as pas un poil de peau en dessous du torse... J'imagine, c'est tout. Et ça doit pas être ouf.
-Comment ça ?
- Ben, une bite d'acier, excuse moi... C'est pas ouf.
- Pourquoi ?
- J'sais pas, je trouve pas ça très attirant. D'ailleurs tu fais comment pour bander ?
- Comme toi. Je bande si je trouve un truc bandant.
- Ouais...
- Sauf que moi, tu peux t'accrocher à ma bite.
- Haha, ouais...
- Ouais.
- Mais à quoi ça ressemble quand tu bandes pas ?
- Ça se télescope.
- Ça se télescope ? Comme une longue-vue ?
- Je sais pas ce que c'est qu'une longue-vue mais ça se télescope.
- Donc quand tu bandes pas, t'as pas de bite ?
- J'en ai une mais je la range.
- Putain...
- Ouais. », c'est à mon tour de me marrer. Paco me tend le pétard pour me calmer et ça marche : « Excuse moi, vieux. Putain mais je m'attendais pas à ça.
- Tu sais le GDM... Il référence tous les gsènes existants et il te dit s'il y a un risque de baiser avec ce gsène.
- Sérieux ?
- Oui, t'es sûrement dedans.
- Mais combien y a de gsènes répertoriés ?
- Ils y sont tous, je crois que le dernier chiffre tourne autour des soixante-mille.
- Mais comment ils peuvent savoir ? J'ai jamais fait d'analyses pour ça.
- Dès qu'un nouveau gsène débarque, ils l'analysent et ils balancent un rapport détaillé. T'es obligé d'être dedans.
- Putain...
- Ouais, il y a eu de sales histoires avant que ce bouquin sorte. Des Valmériens qui ont perdu leur teub.
- Dur.
- Ouais... Mais toi qui baise pas pendant tant d'années, ça me choque.
- J'ai bien eu quelques histoires de branlettes avec des Valmériennes qui m'avaient reconnu mais j'ai toujours été très méfiant. Avec leur putains de griffes... Et cette chatte, putain. Ça fait quand même flipper.
- C'est vrai que j'ai déjà eu quelques rayures mais jamais rien de très grave. Il faudrait que tu regardes dans le bouquin.
- Ouais, c'est sûr. », un bouquin pour baiser... Ça changerait ma vie, c'est certain. Ça me donne envie de m'arrêter à la prochaine boutique et de le demander pour être fixé. Mais j'imagine qu'il n'y a pas de librairie dans le coin... Un bouquin pour baiser... Putain. Ils auraient pas pu me le dire directement ? Je m'imagine déjà entrain de niquer du lézard. Une grosse Valmérienne bien dégueulasse, ça, ça me plaît. Qu'est-ce que j'aimerais avoir ce bouquin... Ayant fini le joint, je demande à Paco d'en rouler un autre et le lézard me fait passer sa création quelques instants plus tard. La route est encore longue jusqu'à la seconde planète, on la voit au loin, rouge comme le soleil se trouvant derrière elle. Cette planète est à peu près de la même taille que la première mais elle a une surface habitée encore plus faible. La chaleur y est terrible, si bien qu'aucune vie n'est possible en dehors des dômes. On a rapidement fait le tour de cette planète, il y a quinze dômes, quinze petites villes donc. La vie y est misérable et les seuls à s'en tirer sont ceux envoyés par le gouvernement pour maintenir l'ordre. Les gens qui sont ici sont soit des enfants de mineurs, soit des habitants de la première planète trop pauvres pour y rester et qui, par la force des choses, après un déménagement quelques fois violent deviennent mineurs dans un des dômes. Il existe quelques bars ou quelques bordels mais le reste est tenu par l’État. Ce n'est pas l'endroit le plus gai du système Valmérien. Beaucoup des mineurs n'espérant plus revenir sur la première planète comptent sur leur travail pour, un jour, leur permettre de rejoindre les sociétés libres de la troisième planète. Cette dernière est la deuxième colonie du système Valmérien et a un rôle bien défini : servir de garde manger aux reptiles. Cette planète est particulière, à l’exception de ses pôles, elle est recouverte d'une immense jungle alimentée par plusieurs océans souterrains. La faune et la flore est folle de diversité. La planète n'avait pas cette configuration quand les premiers colons ont débarqué, elle est le fruit d'un immense travail, beaucoup aidé par certains gsènes qui développèrent des techniques de fertilisation de la Terre. Elle était la candidate idéale du système planétaire, pas trop chaude, ni trop froide, il lui manquait simplement un petit coup de pouce de la part des scientifiques pour être complètement rentable. Néanmoins, le gouvernement n'avait pas pensé que certains lézards trouveraient en cette planète un refuge diablement efficace à la politique esclavagiste menée au sein du système Valmérien. C'est ainsi que les sociétés libres apparurent. Leur façon de voir les choses est assez simple : pas de fringues, pas de technologie, pas de violence gratuite. L'idée m'a d'abord paru assez ridicule, j'imaginais une bande de fumeurs de oinjs débattant de l'inutilité d'un système capitaliste en jouant de la guitare. Seulement, quand j'ai poussé le raisonnement un peu plus loin, le tout m'a eu l'air beaucoup moins risible. Un tas de dinosaures au sommet de la chaîne alimentaire revenant à leurs origines prédatrices, bouffant ce qu'ils ont envie de bouffer, niquant ce qu'ils ont envie de niquer. Ouais, ya bien une ou deux bestioles qui doivent leur poser problème dans cette immense jungle mais j'imagine mal une chose comme le Valmérien sauvage en infériorité face à quoi que ce soit. Okay, ils ne sont pas très malins, mais ils le seront toujours plus qu'une simple bête, aussi grande soit elle. En revenant à l'état de chasseur, certains ont du redécouvrir leurs griffes, leurs dents, leur supériorité animale. L'idée fait froid dans le dos. Un Valmérien un peu bourré à qui j'en parlais m'a assuré qu'il n'y avait pas de problème que si je voulais les rejoindre, ils m'accepteraient. Me sortant l'histoire de la « violence gratuite » interdite selon leur principe. Je ne l'ai pas cru une seconde. Comment parler à un putain de dinosaure ? Sérieusement. Bref, pour certains lézards cette optique reste la plus sympathique ; je les comprends. Néanmoins, le trajet pour la troisième planète n'est pas sans risque. A partir du moment où les premières sociétés libres appelèrent les Valmériens à les rejoindre, le gouvernement commença par interdire l'accès au public de cette planète, autorisant simplement les transporteurs à venir chercher la viande et les plantes. Il ordonna ensuite aux cueilleurs-chasseurs Valmériens d'abattre à vue les membres des sociétés libres, offrant même des primes à partir d'un certain nombre de tête ramenées. De plus cette planète se trouve assez loin de la première (et encore plus loin de la seconde), d'où le besoin d'argent pour tenter cette aventure. Il faut penser au transport et à l'éventuel pot de vin. La majorité des reptiles font appels à des réseaux illégaux pour augmenter leurs chances de réussite. Le gouvernement nous a déjà demandé d'enquêter sur l'un d'eux mais nous n'avons jamais répondu. Même si nous n'avons pas fait que de belles choses Paco et moi, en acceptant ce contrat, la limite aurait été franchie. Je passe le joint à mon ami et tout en me remerciant, il me demande : « Le bar est sous quel dôme ?
- Le sixième, pourquoi ?
- Je connais quelques gars dans le douzième.
- Ah, ouais.
- C'est pas grave, ce sera l'occasion de visiter.
- Je vois pas trop ce que tu veux visiter.
- Il y a toujours des choses à voir.
- Le bar où on va doit être la plus grande attraction de la ville et sans l'eau qu'il était censé recevoir, je ne pense même pas qu'on puisse y boire un coup.
- Il reste la liqueur.
- Pure ? Je suis pas Valmérien.
- Moi non plus.
- Tu ressembles quand même plus à un Valmérien que moi.
- Tu fais chier, Sal. », c'est vrai qu'il ressemble à un Valmérien. Si j'enlevais mon traducteur, je l'entendrais siffler méchamment dans ma direction, n'est-ce pas ce qu'un Valmérien ferait ? Paco a pas l'air en forme, j'ai vraiment l'impression de l'avoir blessé. Et merde, la dernière chose que je veux voir c'est ce con chialer, je pense que notre amitié ne pourrait pas s'en remettre, c'est pire que sa bite en acier : « Excuse-moi, mec.
- Tu le pensais ? Je veux dire, tu le pensais quand tu disais que j'étais Valmérien ?
- J'ai jamais dit ça. Ils t'ont fait à leur image mais au fond, t'es un putain d'iguane. Un vrai.
- Tu le penses ?
- Mais ouais. Putain.
- Je suis pas un Valmérien. Je suis peut-être pas dans le GDM mais je suis pas un Valmérien.
- Je le sais, vieux. Je le sais. », il reprend des couleurs et me passe le joint, c'est bon signe. Je ne savais pas qu'il était tellement sérieux à ce sujet. C'est vrai qu'être Valmérien, ça n'a rien de glorieux. Ce n'est pas une espèce très honorable. Mais quand même... Je pensais que Paco n'y avait jamais réfléchis. D'un côté, ça me rassure, il est pas si à l'ouest que ça : « Sal, j'vais pioncer un peu. Tu m'appelles si y a du changement.
- Quel genre de changement ?
- Dans notre plan.
- Bonne pionce.
- Merci. », je le regarde s'éloigner et fermer le sas du couloir derrière lui. Il nous reste encore quelques heures de route. Je décide de me rouler des joints en prenant soin qu'il n'y ait pas de merdes sur la route puis je reprends les commandes avec l'un des cafards au bec. Ça fait du bien. En doublant un gros convois de transporteurs, je me mets à imaginer Phil et Mil baiser. Ça m'excite un peu... Les races qui se mélangent comme ça, merde, ça fait quelque chose. Putain, un bouquin pour baiser... J'en reviens pas.


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