Nutella et foot


Ce matin, je mange des tartines au Nutella. Et tout en parcourant un article expliquant la difficulté pour la justice à traiter les dossiers qui leur sont confiés, je comprends que malgré les factures que la communauté paye, on nous demandera toujours de rendre des comptes. On devra toujours se justifier auprès des autorités. Pourtant quand je me lève, j'espère avoir autre chose en tête que les différents documents qu'il faut que je fournisse pour continuer à vivre peinard, chez moi. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que je gagne zéro thune. J'ai pas de magouille, j'ai pas de boulot et j'ai pas le courage d'aller les voir pour prouver tout ça. Hier matin, une petite vieille m'a appelé « Bonjour, vous êtes bien Sol Mocco ? », « Sal Mocco, madame. Oui. », « Pardon ? », « Je dis que je m'appelle Sal Mocco ». J'ai eu le droit à 10 secondes de blanc, puis un « Ah, oui, pardon ». La vieille a continué à me parler de différents papiers que je devais apporter je-ne-sais-où, elle m'a même donné des conseils sur des boutiques de photocopieuses, pas cher, dans mon quartier. Sérieusement ?
Quand j'ai raccroché, je lui ai promis de lui ramener tout ça dans les deux jours ; il me reste un jour. En finissant ma troisième tartine, je passe à la page « jeux » de mon journal. Il y a des mots-croisés, des grilles de sudoku et même un labyrinthe. Le labyrinthe, c'est vraiment pourri, généralement il n'y a que trois chemins et on trouve le bon en partant de l'arrivée et en revenant vers le départ. Je ne sais pas qui prend réellement la peine de chercher un crayon dans sa maison, d'aller avec son petit bout de bois au dessus de la poubelle pour appointer sa mine, de revenir à table et de tracer des chemins dans le labyrinthe. En plus, si tu fais ça sérieusement, sans tricher, tu passes vraiment pour un con parce qu'on voit clairement que t'es tombé deux fois dans un cul de sac avant d'arriver jusqu'au coffre rempli de pièces d'or. Non, vraiment, les labyrinthes ça ne sert à rien. En revanche le sudoku, il y a moyen de briller. Je me lève, donc, à la recherche d'un crayon. Je sais que j'en avais pris trois ou quatre, le mois dernier, à Ikea et que j'en avais utilisé un pour tasser un pétard. Il doit être sous le canapé ou pas loin. Je suis au milieu de mon appart' et je me demande si je vais me baisser. Il n'y est peut-être pas en fait. Je les ai peut-être jetés. Je ne sais plus et de toutes les façons, j'entends des hurlements, en bas, dans la rue, qui me semblent beaucoup plus intéressants d'un point de vue effort/divertissement. Je m'approche de la fenêtre et l'ouvre, pour mieux entendre. Deux personnes sont sur le trottoir, juste en dessous de ma fenêtre, je vois le sommet de leurs crânes. L'un reproche à l'autre de ne pas être franc avec lui, le bougre lui répond qu'il n'en a strictement rien à branler et qu'il n'a qu'à parler directement à une certaine Pauline, s'il veut des preuves. Puis le ton monte encore un peu plus. Le plus petit des deux se met à chialer et l'autre se fout de sa gueule. C'est vrai que se mettre à chialer, en pleine engueulade, c'est moyen mais bon, c'est facile du haut de mon perchoir de juger ce pauvre mec. Je décide de descendre pour aller voir si je peux les calmer, je prends donc mes clefs et mon badge, ferme ma porte et sautille de mon étage jusqu'au rez-de-chaussée. Quand j'arrive devant eux, le mec gloussant bouscule gentiment celui qui est toujours en train de pleurer. « Eh ! Les mecs, qu'est ce qu'il se passe, sérieusement ? ». J'ai le droit à un regard méprisant du glousseur et le chialeur redresse la tête pour me balancer un « Va te faire foutre et occupe toi d'ton cul ». Je suis un peu déstabilisé, moi je voulais juste aider, je ne sais plus vraiment quoi faire et je reste là, sur le trottoir, en face d'eux. « Tu vas pas bouger ? », gueule le mec qui s'est arrêté de chouiner, « Écoutez, bande de cons, j'étais là-haut, tranquille ... » et bam. Je comprends même pas pourquoi j'en prends une mais je me retrouve à terre et les deux s'acharnent sur ma pomme. Ça fait vraiment mal, merde. Les deux mecs me laissent là et repartent en continuant de s'engueuler « Non mais Pauline, c'est une pute ! ». Après qu'une vieille m'ait pris pour un clodo et ait soigneusement changé de trottoir quelques mètres avant d'arriver à mon niveau, une jeune fille trottine vers moi et me demande si j'ai besoin d'une assistance médicale. Oui, si ça ne vous fait pas trop chier, j'aimerais bien ne plus voir l'intérieur de ma putain de paupière. « Aiidez-moa ». La gentille jeune fille prend son portable et appelle le samu, « Vous voulez aussi que j'appelle la police ? » demande-t-elle de sa jolie voix. Je réfléchis rapidement et c'est vrai que je préférerais voir les flics le plus loin possible de mon studio quand un tas de weed trône au milieu de la pièce, mais c'est vrai aussi que je ne vois pas ce qu'ils pourraient bien vouloir foutre dans mon appartement. N'arrivant pas à trouver une réponse claire, je souffle grossièrement ; ce qui en temps normal aurait laissé supposer mon actuelle incertitude mais qui, en l’occurrence et au vu de mon état, se transforme en une multitude de bulles de sang et de morve. La situation n'a pas le temps d'être ridicule car on me soulève, soudain, du sol et je m'aperçois que le chouineur et son pote le glousseur sont de retour. « Naaon ». Les deux sont revenus au volant d'une sorte de fourgonnette et sans dire un mot, ils me jettent dans le coffre. Sérieusement ? La jolie jeune fille ne tarde pas à me rejoindre – de force. Bon … La situation aurait pu être pire. Avec un peu de chance, elle va me sucer. Et c'est vrai que quand on se retrouve à l'arrière d'une camionnette avec une personne du sexe opposé, le tout en situation de danger, il y a tout de suite quelque chose qui se crée. Il faut, quand même savoir aborder la chose. J'allais pas dire dans la première minute « Bon, je pense que tu la sens, toi aussi, cette sorte de tension sexuelle, alors qu'est ce qu'on fait ? On se tourne autour, en jouant aux cons ou on baisse nos frocs ? ». Et puis merde, je me dis qu'en fait ce serait comme tous ces trucs géniaux qui te passent sous le nez parce qu'il faut faire le premier pas et que jamais tu ne le feras. Au pire, ça me servira le matin quand j'aurais besoin d'inspiration pour lever le drapeau mais c'est con quand même. Puis elle commence à chialer : « Qu'est ce qu'on va faire ? ». Qu'est ce qu'on va faire ? Ma cochonne, je vais trouer ta petite culotte, tu vas voir. « Qu'est ce qu'ils vont nous faire ? », qu'est ce qu'ils vont nous faire ? Certainement me tuer mais par contre toi … Ma p'tite cochonne, quoi qu'il arrive t'auras gagné ta journée. « Hein ? Vous les connaissez ? 
>- Non, jamais vu. Ils gueulaient en dessous de chez moi, je voulais juste les calmer », bordel, même pas un pet de bafouillage. J'ai pris le coup. « Mais qu'est ce qu'on va faire ? 
- C'est quoi ton nom ?
- Fanny. Et vous ?>
- Sal. », puis un blanc. Même dans ce genre de situation extrême, ça fout un malaise quand tu viens de rencontrer quelqu'un, tu viens de lui parler et que d'un coup tout s'arrête après ta réponse, plus personne ne sait comment meubler la conversation.
Si les mecs s'amusent dans peu de temps avec elle et l'amochent, autant tenter ma chance. Je pose donc ma main sur sa cuisse et essaye de la rassurer. Je sens les larmes monter et dans la folie du moment, elle se jette sur mon épaule, sanglotant : « On va mourir ! ». Putain, j'vais peut-être avoir le droit à la grande visite, aller voir le boulot de papa, maman. « Peut-être, oui ... », et la connerie, quoi. J'ai ouvert le robinet, elle commence à avoir le nez dégueulasse, elle n'arrive même plus à parler et je ne prends pas la peine d'essayer de décoder ses paroles à travers toutes ces saccades, franchement dégueulasses. Péniblement, je me redresse pour voir si je peux marcher. Et en effet, j'ai surtout pris dans la gueule, mais mes jambes tiennent le coup. Debout, fièrement dressé, j'ai l'impression de mieux gérer la situation, je lui demande s'ils ont pris son portable et tendant l'oreille, je discerne un « Oui » entre ses hoquets. Mais pas le temps de réfléchir, la camionnette s'arrête et les deux connards nous sortent de la pénombre. On se trouve au beau milieu d'un chantier, ils nous font nous asseoir sur une sorte de grosse barre en fer et le chouineur commence à me parler : « Comment t'as su ?
- Comment j'ai su quoi ?
- Arrête tes conneries !, me répond t-il, avant que le glousseur rentre en jeu,
- Tu vois, je t'avais dit qu'il savait rien !
- Je te dis qu'il sait.
- Écoutez les mecs, moi j'suis descendu pour vous calmer parce que je pensais que vous
alliez vous foutre sur la gueule. », la petite continue de chialer et n'arrive pas à croire qu'elle se retrouve dans un chantier avec un gros lard cabossé à côté d'elle et deux gus à moitié tarés qui en veulent à sa petite culotte. Les deux mecs semblent perplexes. Ils commencent à s'éloigner pour parler, le chouineur me lance des petits regards suspicieux et à chaque fois que je croise son regard, il prend son pote par l'épaule et l'éloigne encore un peu plus de nous. Jusqu'à ce que les deux se retrouvent derrière un tas de gravats, certainement pour ne pas que je lise sur leur lèvres. Ils ne nous voient plus. Je décide de me lever et de me casser. Sans vraiment me presser, je me lève et je pars. Si j'avais eu un pétard, je l'aurais allumé. Mais, là, je me contente juste de me casser. En arrivant à l'entrée du chantier, je reconnais la rue où je suis. Je regarde derrière moi et la fille toujours assise, sanglote et n'a même pas remarqué ma fuite. J'hésite, est-ce que je gueule pour lui signaler que j'y vais ? Puis un taxi passe devant moi et sans trop réfléchir, je lève la main. Il s'arrête un plus loin et j'entre dans la berline. Le chauffeur me demande si ça va. Un peu surpris par la question, je me souviens rapidement que je dois pas ressembler à grand chose après mon passage à la moulinette. Je lui réponds qu'on fait ce que l'on peut, il approuve. Dix minutes plus tard, j'arrive devant mon immeuble, je paye le mec et je monte dans mon appartement. Je m'effondre dans mon canapé et me roule un joint. J'allume la télévision, il y a du foot.

1 commentaire:

  1. Monsieur Mocco,
    Je vous écris ce message dans un état de confusion parfaitement emmerdant.
    Votre texte est à la fois digne d'un académisme historique magnifique et pédant, et resplendissant de liberté intellectuelle délicieuse.
    Enculé, fils de pute, je te déteste. Vas te faire foutre.

    Continuez à écrire des saloperies

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