Restes de pizzas et documentaire animalier (love romance part1)


Ce matin, je mange des restes de pizzas. Une chorizo et une quatre fromages, pour le calcium et le fer. Le matin, j'ai mes petites manies et je ne peux pas m'empêcher d'écouter sur mon mur de gauche – par rapport à la télévision – si Camille, ma voisine, n'a pas ramené quelqu'un dans son appartement. Cette fille est un moulin à parole et dès que les deux potentiels baiseurs se lèvent, elle harcèle l'intéressé de questions, quelques fois ses questions sont amusantes. Je l'ai déjà entendue demander s'il aimait les courses de vélos ou la natation, voire de lui rappeler son prénom. Je pense que Camille est gentille mais qu'elle, durant ses nuits folles, ne sait pas bien distinguer le prince charmant du clodo à balle de ritaline. Que sa chatte ait été visitée par de bien nombreuses et arrogantes bites ne me dérange pas, non, non, mais j'aimerais bien qu'elle s'aperçoive que tout à côté d'elle, un cœur bat, fort. J'entends la télévision mais pas sa charmante voix, elle doit être seule, elle est peut-être nue, ou en sous-vêtements. Tout ça commence à drôlement m'exciter.
Je m'allume un pétard et essaye de réfléchir à une quelconque façon de l'aborder. Le problème, c'est que je suis son voisin et d'après ses précédentes relations, j'imagine que son premier critère, dans son choix d'hommes, est la possibilité ou nécessité de fuir rapidement et de ne plus jamais revoir le chanceux individu. Il faudrait donc que j'arrive à la rencontrer dans un bar ou une boîte de nuit. Une boîte … Un bar … Ce n'est pas vraiment le genre d'endroit que j'aime fréquenter. Sinon, j'ai ce truc qu'on m'avait filé pour, selon les mots du mec, m'amuser. J'ai déjà vu des soirées où tout le monde avait pris de ce truc pour s'amuser : ça câlinait, bécotait de tous les côtés. Tu fous ça dans son verre et c'est bon. Oh … Et puis merde. Je vais taper à sa porte et lui demander si elle a pas du café, je trouverai bien un truc pour squatter son canapé. Je me coiffe, je me brosse les dents et, après avoir nettoyé le bain de sang, je m'allume un dernier joint avant la rencontre. Il faut que je la mette en confiance, cette fille est sympa mais c'est pas non plus une actrice porno, elle va pas me demander, direct, de jeter un coup d’œil à la tuyauterie ; donc bon. Il faut en priorité me faire inviter à entrer et là ce sera du tout cuit. Mais … C'est chaud. Il faut que je joue le bon voisin, genre desperate housewives, que je me présente comme un être sexuellement inerte pour mieux bondir au dernier moment et, dans les airs, pratiquer un développement de bite. Sembler inoffensif, c'est le principal. En même temps, j'ai la vingtaine, elle a la vingtaine, je suis un mec exotique, c'est une petite française, à part une sale odeur de sexe, je ne vois pas ce que ça pourrait sentir d'autre. Un joli papillon se dandinant devant le carreau de ma fenêtre me ramène sur Terre. Le papillon de l'amour, c'est un signe. Je me lance, je sors de mon appartement, je fais deux pas sur la gauche et je frappe à la porte. Ça remue derrière, j'entends un « Oui, une seconde », puis plus rien. Elle devait être nue, ou en sous-vêtements. Ou peut-être qu'elle se préparait à sortir, j'espère que je ne la dérange pas. La porte s'ouvre doucement et j'aperçois enfin Camille. Une mine un peu fatiguée, les yeux légèrement gonflés, elle a du enfiler une jupe au dernier moment, parce que le tout ne rend pas génial, génial. Elle semble étonnée de me voir là :
« Euh … Oui ?
- Salut, je suis Sal, ton voisin et j'ai oublié d'acheter du café hier. Est-ce que tu pourrais m'en prêter un peu ? Les matins sont durs.
- Moi c'est Camille, t'es mon voisin de palier, alors ?
- Oui, oui, j'habite, juste là – je lui montre ma porte.
- Okay, c'est cool. Ça sent grave la weed quand je passe à côté.
- Tu fumes ?
- Des fois, ouais.
- A l'occasion, si tu veux venir fumer un joint, dis moi.
- Merci, c'est cool. Ah merde, oui, ton café. Ben en fait, j'ai des capsules mais faut avoir une machine spéciale. T'as quoi comme cafetière ?
- Genre la basique-là.
- Ouais, ça va pas le faire. Au pire, tu veux venir prendre un café ? »
Sérieusement ? Les choses se goupillent pas mal. Je m'attendais pas à ce que ce soit aussi simple mais encore une fois, la puissance du joint fait des miracles. J’acquiesce, donc, rapidement. Et elle m'invite à m'installer dans son canapé. Nos appartements se ressemblent beaucoup, il y a peut-être moins de saloperies sur le sol et une plus grande télévision que chez moi mais ça reste globalement la même merde. En quelques clics, elle apporte deux cafés mais avant qu'elle ne puisse s'assoir pour déguster le sien, je lui demande si elle n'a pas un peu de lait pour aller avec. Tant pis, si je passe pour un pédé, il faut que je mette cette merde dans son café et rapido. Elle se lève donc poliment et va dans le coin cuisine pour m'en chercher. J'en profite pour verser tout le contenu de la petite gélule que j'avais gardé dans ma poche puis je balance les deux petites coques vides. Un geste de panique, un réflexe. Comme si Camille venait de me surprendre, alors que je pouvais encore très bien voir son petit derrière remuer au fond de la salle. Putain, il faut que je les récupère, c'est une preuve. Il est trop tard, Camille revient avec du lait et tout en appréciant nos délicieux cafés, l'ambiance se fait plus chaleureuse : « Je peux m'allumer un joint ?
- Ouais, ouais.
- Alors qu'est ce que tu fais dans la vie ?
- Je zone, plus ou moins, … Enfin, on m'a embauchée dans une petite galerie dans le centre pour faire hôtesse d'accueil.
- Genre, tu distribues les coupes de champ' ?
- Ouais.
- C'est marrant. », je lui fais tourner le joint, ne sachant plus quoi ajouter à ce « marrant ». Maintenant que je peux la regarder de plus près, je lui trouve un air un peu louche. Elle est mignonne mais elle a ce côté artiste-tu-peux-pas-savoir-ce-que-j-ai-derrière-la-tête, le genre de fille à passer des rires aux larmes, le genre intellectuelle mais un peu garce. Trop extravertie pour que tu l'amènes chez des potes mater un match avec des bières – de peur qu'elle balance un truc sur la façon dont le foot permet de cacher notre homosexualité latente ; c'est un problème. Il faudra faire attention. Après dix minutes de dégustation et de tournage de joint, je commence à me demander si ce truc marche. Je la vois pas tortiller d'envie de faire des bisous, elle a l'air – au contraire – plutôt molle. J'espère que c'était pas de l'héro ou une connerie du genre. Le mec qui m'a filé ça, avait l'air correct. Au pire, j'appellerai une ambulance.
Quand le joint finit écrasé, je sens une petite tension, c'est vrai que je n'ai plus rien à foutre ici et je me sens un peu gêné. Si je pars maintenant, ça n'aura servi à rien, il faut que je trouve une façon de rester encore un peu.
« T'aurais pas un second café à me dépanner ?
- C'est plus du dépannage, c'est du vol, glousse t-elle »
J'ai mon camion en bas, si tu veux bien nous faire gagner du temps à tous les deux et me filer toutes tes affaires direct, ça m'arrangerait, parce que c'est vrai que j'avais eu l'idée de tout transporter dans mon bide pour le vomir dans le coffre mais je me rend compte que je suis loin d'en voir le bout, en fait. Pourquoi je balance des blagues dans mon crâne ? Il faudrait les sortir, un jour. Au lieu de ça, je glousse aussi. Et dans cette fanfare de gloussements, elle se lève pour me faire un second café. En quelques clics, j'ai une seconde tasse devant le nez et je m'allume un autre joint.
« Tu carbures !
- Un peu, ouais. »
Je lui fais tourner le pilon et je commence à percevoir les premiers signes de bizarrerie dans son regard, après quelques barres tirées, elle commente :
« Il est puissant ton joint.
- J'en met pas mal, ouais.
- Ouais mais, là. Enfin, je sais pas. Mais je prends grave cher. » Elle me redonne le joint puis elle baisse la tête, songeuse. J'espère que j'ai pas déconné, en plus je suis le voisin, les flics auront pas à chercher très longtemps. Il faut que je la fasse parler, voir où elle en est, sans trop me griller non plus. Il faut trouver un sujet de conversation. Et ça, ce n'est pas simple. Qu'est ce que j'ai vu à la télévision qui pourrait bien l'intéresser ? J'ai maté un peu de foot, il y a bien ce documentaire sur les coulisses de Disneyland, bon c'est mieux que rien : « Tu as vu ce documentaire sur Disneyland ?
-Tu m'as droguée ? », la question est implacable, plate, sans émotion, je ne comprend pas vraiment comment elle peut me balancer ça, je lui parlais de Disneyland, moi. Merde ! Je sais, elle a du voir la gélule vide … J'aurais dû la ramasser. « Tu m'as droguée ? – insiste t-elle,
- Non, qu'est-ce que tu racontes ?
- Appelle une ambulance, alors. Parce que je me sens pas super bien.
- Une ambulance ? T'es sûre ? Qu'est ce que tu as ?
- J'ai mal au bide et je suis en nage.
- Ouais … T'es sûre que tu veux appeler une ambulance ?
- Je sais pas. Et toi, t'es sûr que tu m'as pas droguée ?
- Ouais, ouais. »
Je vais pas avouer, de toutes les manières ça n'arrangera pas la situation. Si elle commence à flipper et à penser que je suis un taré qui l'a droguée, ça va être encore pire. Par contre si j'appelle une ambulance, je vais grave être dans la merde. Le mieux, c'est que je reste là et que je m'occupe d'elle.
« Tu dois être en hypoglycémie ou un truc du genre, tu veux que je te fasse un petit quelque chose à manger ?
- Non, non, c'est pas ça. Je pense que tu m'as droguée.
- Non, non.
- Dis moi juste si c'est dangereux ou pas comme truc.
- Non mais non, je t'ai pas droguée.
- J'ai déjà pris des trucs et ça, ça ressemble bien à une grosse montée, quand même.
- Ben j'en sais rien, moi. Mais je t'ai pas droguée.
- Je veux juste savoir si c'est dangereux.
- J'en sais rien. Écoute, on va mater un peu la télévision, genre tranquille, manger un paquet de chips et ça va passer. » Je me lève, je vais à la cuisine :
« T'as pas de chips ?
- Il doit me rester quelques bretzels dans le placard »
Je prend le paquet de bretzels à moitié vide et je le ramène dans le coin salon. Elle me regarde avec un petit air de panique et attrape le paquet que je lui tend : « Merci
- T'inquiète pas, ça va aller.
- Tu m'as droguée, alors ?
- Non, non. »
Je m'effondre dans son canapé, je me grille un joint et j'allume la télévision, il y a un documentaire animalier.


2 commentaires:

  1. Si vous n'étiez pas caché derrière votre pseudonyme ridicule, j'aurais appelé la police à la lecture de ce texte.

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