Saison 3 Chapitre 6

CHAPITRE 6

Mente est une Valmérienne, elle travaille au très controversé « Service d’État », une équipe de tarés près à tout pour faire respecter l'ordre et la discipline. C'est elle qui me contacta pour mon premier contrat avec le gouvernement. Depuis, le doux bleu azur de ses yeux rime avec gros tas de fric. Elle a toujours été réglo avec nous mais Paco et moi ne sommes pas dupes, à la moindre connerie de notre part, toute liaison sera rompue et un tas de document concernant nos missions seront détruits. Mente prend la parole : « Salutation.
- Salut
- Ouais, Salut, m'accompagne Paco.
- Nous avons besoin de quelques informations, nous savons que vous vous trouvez sur la seconde planète et il faudrait que vous vous rendiez au sud de celle-ci pour prendre quelques photos d'un refuge illégal dans une zone non-habitée – Paco, s'éloigne du moniteur, il va se caler dans un fauteuil et s'allume un joint, il n'aime pas trop parler avec ces gens là.
- Dans le sud ? Mais on va se cramer...
- Revoyez votre géographie Monsieur Mocco, le sud est perpétuellement ombragé. Vous n'aurez besoin que de combinaisons primaires, vous en avez, j'espère ?
- Oui, oui, j'en ai une paire dans le...
- Donc, je vous envoie les coordonnées, il faut y aller assez rapidement, vous connaissez la procédure, il ne faut pas vous faire repérer, il me faut un visuel, des chiffres et, si vous le sentez nécessaire, une de vos remarques typiquement terrienne. », je suis assez flatté qu'elle connaisse ma planète d'origine mais en même temps, j'ai aussi l'impression d'être méchamment surveillé. Travailler avec ces gars là, c'est bien gentil mais ce n'est pas compatible avec mes montées de paranoïa. Je préférerai qu'elle s'abstienne de ce genre de politesse et il faudrait qu'elle le comprenne rapidement : « Écoutez, je n'aime pas trop...
- Monsieur Mocco, le temps presse, il y a une prime pour ce contrat, ne traînez pas et vous serez tranquille pour un bon bout de temps. Au revoir. », l'écran s'éteint. Quelle pute cette Mente, ça doit être une vrai tigresse au pieux. Ça me refait penser au Guide des Mélanges... Après le fric empoché, il faut absolument que je m'en trouve un. Je rejoins Paco sur le canapé et lui demande le joint. Après une généreuse latte tirée, il tend le cafard bien entamé. On reste là sans rien dire puis après quelques va-et-vient le pétard termine dans un cendar. Je me lève, toujours dans le silence, et allume les machines. Il faut donc être efficace sur ce coup là, quand elle parle de prime, elle veut bien sûr dire que ça va être encore plus gras qu'à la normale. Pourquoi pas. Ça veut aussi dire qu'il y a un truc louche là-dessous mais... Bof. J'attrape le micro relié au système d'haut-parleurs éparpillés dans le vaisseau : « Décollage immédiat, destination fric facile. ». On y va. Le vaisseau pousse à la verticale et on rejoint rapidement une route planétaire. Mente nous a bien envoyé les coordonnées, c'est assez loin d'ici mais vu qu'on va faire la majorité du trajet en-dehors des routes tracées, on va pouvoir envoyer un peu la gomme. Je repère un endroit plutôt calé pour sortir de la route et je préviens Paco que je vais accélérer dans pas longtemps. Il reste dans le vague puis sa bouche se tord : « Mais... Tu veux pas mettre le bousilleur de radar ? », bordel de merde, qu'est ce que je suis con. Sans activer ce bidule, on se serait fait griller comme des putains de merdeux. Sortir des routes n'est pas anodin. Si on joue trop au con, une brigade armée ne tarde pas à se ramener pour savoir ce qu'on fait dans les parages. Putain, le lézard nous a évité une grosse emmerde : « Merde, t'as raison. Tu veux bien aller l'activer ? », Paco acquiesce et va trouver la machine qui se cache dans les entrailles du vaisseau. Ces brouilleurs ne sont pas faciles à dégoter et la provenance de celui-ci est encore plus cocasse que la moyenne : le service d’État nous l'a lui-même fourni, emballé dans un papier officiel et tout. Je réduis l'allure pour ne pas sortir trop tôt et quand Paco m'annonce, depuis la cale, que c'est bon, je vire à droite et fais gueuler les réacteurs. On y sera dans quelques dizaines minutes à peine, il faudra ensuite poser le vaisseau assez loin de la cible car même si on ne peut être repérés par leur radar, des gars peuvent se promener aux alentours et voir notre oiseau rouge atterrir à côté. Quand Paco me rejoint enfin, je le remercie pour son éclair de génie, il se marre mais je sens qu'il apprécie. C'est vrai qu'il n'a pas souvent l'occasion de briller hors du champ de bataille, les rares fois où ça peut arriver ne doivent pas être passées à la trappe. Le lézard vient se poser à côté de moi : « Sal ? On fait quoi pour Mil ?
- Ben... De toutes les manières, on a aucune piste solide, après ce truc de fait, on s'arrêtera à quelques hôtels et puis voilà. On peut pas faire grand chose de plus.
- Ouais. Tu penses que le mec est toujours vivant ?
- J'sais pas. Ce serait bizarre qu'il ait pas appelé quelqu'un si c'était le cas. », Paco pousse un petit soupir mais je vois bien que c'est pour masquer un léger amusement. Il pense toujours qu'il peut se la faire, ce putain de lézard à bite d'acier. On verra ça, enculé : « On va arriver, Paco, va chercher les combinaisons, s'teu plaît.
- Ça marche. », comme l'avait annoncé Mente, nous passons dans la zone d'ombre de la planète. Les pôles de cette dernière ne changent que très peu en termes de lumière reçue. Ici, donc, on trouve un peu d'eau, un peu de végétation, une terre moins roussie. J'imagine que cet endroit est trop éloigné des mines de binolium pour que le gouvernement voit un intérêt à y construire des habitations, n'empêche, l'endroit m'a l'air quand même assez ouf. J'y poserais bien ma petite cabane. J'entends Paco revenir les bras chargés, je lui lance : « T'as vu l'endroit ? Putain, c'est calé.
- Ouais, c'est vrai. C'est la première fois que je vois ça.
- Pareil.
- Tu penses que ya des bestioles là-'dans ?
- Comment ça ?
- Ben, je sais pas. Y a peut-être quelques trucs dangereux.
- Ouais, on va prendre nos flingues. », je pose le vaisseau à côté de quelques arbustes. Une fois la manœuvre opérée, j'enfile ma combinaison et j'aide un peu Paco qui galère avec la sienne. Il n'a toujours pas fait faire de vêtement à sa taille et ses bras ont du mal à entrer dans ce qui est normalement réservé aux Valmériens. Après quelques jérémiades reptiliennes, nous nous préparons à sortir. La dégaine est mortelle. Fait en un tissu élastique, le truc nous colle à la peau, détaillant l'anatomie de chacun. La mienne est d'un rouge vif, celle de Paco tire vers le bleu marine. En exerçant une pression sur un petit bouton au niveau du col, une bulle se met à gonfler : elle apparaît au niveau du cou, presque plate et grandit, passant sur le visage du propriétaire ; le menton, le nez, les yeux,... Puis une fois la bulle complète, la tête coincée à l'intérieur, le manège s'arrête et un petit air frais parcoure le volume créé. Dehors, malgré le fait que nous soyons dans une supposée « zone d'ombre », règne une faible lumière, certainement portée par rétro-diffusion de la première planète. En effet, au cœur du ciel noir puissamment étoilé, trône une grosse boule bleue ; cette vision me laisse songeur, je me sens devenir ridicule, si j'avais un peu plus fumé, j'aurais certainement versé une petite larme. Indépendamment du ciel, j'ai la drôle d'impression d'être en fin de journée, au cœur de la Clape, il ne me surprendrait pas d'apercevoir la méditerranée un peu plus loin. Paco n'a pas remarqué que je m'étais arrêté, la tête basculée en arrière. Il me faut un peu de temps pour reprendre pied et rattraper le lézard. Je vérifie, d'ailleurs, que ce dernier ait bien emporté son calibre et suis rassuré de le voir pendouiller à sa ceinture. C'est vrai que l'endroit pourrait bien accueillir quelques infâmes bêtes, je verrai bien une immondice apparaître au loin, poilue, gigantesque, affamée. Il faudrait alors l'abattre très vite, au final, ça pourrait devenir amusant. J'ai à peu près les idées claires, je n'aurais pas trop de mal à atteindre la bestiole, ne pas pouvoir fumer peut être utile dans certains situations. Même si, je l'avoue, me griller un joint maintenant me ravirait... Putain de combinaison-bulle à la con. Paco me voit pester silencieusement : « Oh, Sal, c'est encore loin ?
- Non, ça va. Mais faut faire gaffe, si y a des mecs qui surveillent un peu dans le coin, faut pas qu'on se fasse repérer.
- Ouais. C'est quoi le plan, on prend des photos ?
- Quelques photos, on essaye de voir combien ils sont puis voilà.
- Ça va.
- Ouais. », on continue, croisant de plus en plus de végétations multicolores. Toutes n'ont pas la même taille, passant de quelques centimètres à la dizaine de mètres, en revanche on reconnaît bien une structure commune à ces étranges plantes. La majorité sont composée d'une mousse dense à leur base qui devient de plus en plus légère à l'approche de leur sommet ; ce dernier peut lui même être caractérisé d'aérien. Ce spectacle me donne l'impression d'une terrible moisissure attaquant le peu d'air présent. Rien de très romantique. Au sol, je vois une belle pierre, bien ronde, de la taille d'une balle de tennis. Je l'attrape et la jette sur un arbuste à quelque mètres de là. La caillasse s'enfonce dans ce qui ressemble à un tronc, la mousse se met à vibrer, le caillou est expulsé comme du sperme fatigué puis le truc explose, diffusant un nuage vert autour de lui. Paco se marre. De mon côté, je suis terrifié. Ma bulle protectrice est recouverte de ces putains de spores de merde, je ne peux même pas l'essuyer, j'ai trop peur de faire une mauvaise manipulation avec la seule chose qui me sépare de ce danger répugnant : je suis coincé avec ça sur moi, ça fait chier. Je dis à Paco de se calmer mais ce con commence à foutre des coups de poings dans toutes les plantes qu'il croise : « Paco, espèce de con ! Arrête-toi ! », il se met à courir et je le perds de vue quand il passe entre deux nuages bleu et mauve de spores : « Paco, reviens ici ! », je contourne la dizaine de nuages différents créés par ce connard de reptile et essaye de retrouver sa trace. Les spores présents sur ma combinaison commencent à disparaître, j'imagine que le tissu possède une fonction auto-nettoyante ou alors... s'agit-il simplement d'une réaction naturelle de la moisissure à son environnement ? Je n'en sais rien, et je n'en ai d'ailleurs rien à branler. Tant que toute cette merde veut bien s'évanouir dans le néant, je ne me fatiguerai pas à essayer de capter quoi que ce soit. Après quelques arbres que je prends soin de ne pas toucher, j'aperçois Paco, l'air grave venir vers moi : « Merde, Sal.
- Putain, Paco. Regarde-toi, t'as de la merde sur toute ta combinaison. Va falloir qu'on te décontamine avant de remonter à bord.
- C'est toi qui a commencé avec ta pierre, enfin...
- Putain, j'en ai pas éclaté quarante, moi ! T'es vraim...
- Bon, y a plus important. J'ai trouvé un mec.
- Quoi ?!
- J'ai trouvé un mec, il m'est tombé dessus quand je courrais.
- Putain de merde !
- Ouais.
- Et il est où, là ?
- Ben je l'ai tapé à la tête et là, je pense qu'il est dans les vapes.
- Putain ! », putain, merde. Je me cale derrière Paco, le poing serré, pendant qu'il me mène à sa découverte. Bordel. J'espère qu'on a pas niqué notre mission, sinon on va être obligé de retourner à des affaires beaucoup moins sympathiques... J'en ai ras le cul d'espionner des vieux pleins de frics quand ils vont aux putes, fait chier.
Un peu plus loin, je vois un Valmérien allongé, en effet, il a l'air de taper une belle sieste. Paco me demande ce qu'on fait, d'un certain côté, c'est pas forcément une mauvaise situation. S'il est pas trop frileux des molaires, il pourra nous balancer les infos qu'on veut. Je dis à Paco de se calmer et il me répond qu'il est tout à fait calme, ouais, le calme incarné, même. Soudain, le Valmérien ouvre les yeux, il essaye de dire quelque chose mais Paco enfonce son poing métallique dans la caboche du pauvre type : « Merde, Paco !
- Ben quoi ?
- Arrête de le frapper, il va nous servir. On va le faire parler.
- Tu veux pas prendre des photos ?
- Si, ouais. Mente risque de nous tomber dessus si on lui envoie pas du visuel mais ce gus pourrait quand même être utile. Ramène-le au vaisseau, je vais faire quelques photos et je te rejoins.
- Ça marche. », Paco rebrousse chemin avec le lézard sur l'épaule. J'attrape l'appareil photo rangé dans la poche pectorale de ma combi' et me faufile prudemment vers l'endroit indiqué par Mente. Je l'aperçois enfin, il doit être à huit cent mètres de là, quelques plantes se dressent entre la bâtisse et moi mais globalement l'endroit est dégagé. L'instrument d'optique entre mes mains est plutôt simple, c'est un pavé droit aplati de couleur sable, les photos sont directement transmises au service d’État ; un bouton, une fonction. Pas de superflus, le zoom est, en revanche, surpuissant. Je vois quelques gars à l'extérieur en train de causer. Je change de place pour avoir un angle différent et remarque une annexe plantée à une centaine de pas du bâtiment général ; aucune fenêtre. Après une vingtaine de photos, je range le matos et me dirige vers le vaisseau. J'espère que Paco n'a pas trop amoché le lézard, les deux coups de massue qu'il a pris ont déjà bien dû le calmer... Après quelques minutes de marche, je regagne le sas, j'active la fonction désinfection, histoire de virer les spores restants et j'entre dans la salle des commandes. La pièce est vide, étalée sur le sol, je vois la combinaison de Paco, cette dernière est encore recouverte de merde multicolore. Je retiens ma respiration, l'attrape du bout des doigts et la balance dans le sas pour évacuer cet indésirable intrus. Quel con. Je reconnais aussi, un peu plus loin, celle du Valmérien, il n'y a pas de saloperie déposée dessus, ça en fera une nouvelle pour Paco... Ils doivent être dans la cuisine. Je me roule rapidement un joint et m'empresse de les retrouver avec le cafard allumé au bec. Ils sont bien là, Paco est assis en face du Valmérien, le mec a repris ses esprits, il est à poil, ses vêtements déchirés à ses pieds. Paco l'a solidement attaché à la chaise. Je vois la bite écailleuse du lézard salement ratatinée, le gars se chie dessus : « Ah, Sal, je t'attendais ! ».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire