Saison 3 Chapitre 7

CHAPITRE 7

« Écoutez, faites attention à ce que vous faites, je ne travaille pas avec n'importe qui !
- C'est toi qui va écouter, connard, lui répond Paco.
- S'ils vous trouvent vous allez déguster. » , Paco lui fout une petite beigne. Je suis à mon deuxième pétard et j'essaye de réfléchir à une manière de lui faire balancer les infos qu'il a. Ce con me fait un peu de peine, il est là à oilpé, la gueule cabossée, j'ai pas non plus envie que Paco le fracasse. Sa bite a repris des couleurs, elle affiche maintenant fièrement ses écailles mauves, il va vouloir la jouer dur, ça se sent : « Bon, c'est quoi ton nom ?
- Pourquoi ? », je pousse un petit soupir... Paco lui fout une belle claque ; étrangement, ça me fait un poil marrer. Je tire une grosse latte du joint et le tend à mon ami. Il veut vraiment jouer au con et ce pétard titille mon sens de l'humour, ça me donne envie de lui parler mexicain. Malheureusement, je ne parle pas mexicain et je ne sais pas si mon traducteur fonctionnerait... En revanche, je peux prendre l'accent, ce serait fendard. Peut-être que le traducteur me ferait siffler en mexicain. Génial : « Donne moi ton nom, hombre ! – l'accent est moyen mais le mec semble avoir compris, il regarde avec méfiance la main en ferraille de Paco.
- Je m'appelle Kimar.
- C'est moche, hombre – je me marre –, on vé savoir combien d'amigos tu as dans ta cabane ?
- C'est quoi cette voix bizarre, Sal ? demande Paco.
- J'essaye un truc, ça marche ? Je veux dire t'entends quoi ?
- Ben, je sais pas, ça ressemble... Je sais pas.
- Mais tu comprends ?
- Ouais, ouais mais c'est bizarre.
- C'est marrant ? », il hoche la tête, de toutes les manières que connaît-il vraiment à l'humour ? Il me passe quand même le joint et m'invite à continuer mon interrogatoire : « Bon, combien de mecs, alors – j'abandonne l'accent.
- Je dirai rien. », Paco lui fout un méchant coup dans le bide. Je lui fous aussi une baffe mais ai l'impression d'être ridicule après celle de mon copain mécanique. J'attrape un couteau dans le tiroir et le menace avec : « On va té découper ! – je reprends sans y faire attention mon accent mexicain – On va té découper, connard d'hombre !
- Allez vous faire foutre ! », Paco lui bousille l'épaule d'un violent mouvement, le lézard crie comme un démon, je pense qu'il a quelque chose de cassé. Tout ça m'excite un peu, le pétard et ma haine des Valmériens latente donnent une étrange tournure à la situation, je lui plante le couteau dans la main, la lame s'enfonce à moitié et le gars souffre. Paco se marre. Je retire mon outils et le sang ne tarde pas à couler, un liquide épais d'un rouge plus claire que celui des humains : « Combien de mecs ? – cette fois, je gueule.
- Allez vous faire baiser par vos pères ! – putain, celle-là, je la connaissais pas. », j'enfonce à nouveau ma lame pour approfondir la plaie. Paco rebalance son poing dans la bouillie d'os qu'il avait laissé plus tôt. Les cris sont encore plus profonds : « Combien de mecs ? – l'accent est là.
- Sal, arrête avec cette voix, ça me fait flipper. », je n'attends pas de réponse du Valmérien et fais bouger la lame de droite à gauche : « Combien de mecs, hombre de merde !
- Je vous dirai que dalle ! », Paco se lève de sa chaise et propulse sa chaussure vers le bras du mec. Ce dernier, qui ne devait plus très bien tenir à cause de l'épaule abîmée, se déboîte sévèrement. Retenu par un peu de peau et quelques écailles, il menace maintenant de se détacher du buste du Valmérien. La peau est tendue, si bien qu'on voit les os brisés en son travers. Il suffirait que je donne un petit coup de lame pour libérer le corps de cette lourde charge. Mon couteau s'approche mais avant que je ne puisse mettre à exécution mon projet, le membre s'écrase au sol, dans un craquement sinistre. La gueule du lézard est complètement ouverte, si je n'avais pas mon traducteur je perdrai certainement quelques décibels, le cris que j'entends n'est pas en accord avec ce que je vois, mon appareil doit saturer et, par la même occasion, protéger mon système auditif : « Combien de mecs ? – le Valmérien ne doit même pas m'entendre, je hausse le ton – Combien de mecs ? – il se calme peu à peu – Combien de mecs ?
- Je... Je peux pas, ils vont me tuer.
- Regarde où est ton bras, tu crois pas que si tu ne nous dis rien, tu risques encore plus gros que la mort ? », en m'écoutant, je comprends que j'ai perdu la raison, je suis devenu un psychopathe. Ça ne m'effraie pas plus que ça ne le devrait mais quand même... La vision de ce lézard démembré n'est pas des plus confortable pour la rétine, je dois seulement éviter de gerber. Je tire une grosse latte du joint et le passe ensuite à Paco : « Alors ? Tu nous parles ou on passe au second bras ?
- On est une trentaine.
- Tout le monde est armé ?
- Oui.
- Genre ? », le gars m'explique ce que je veux savoir, il faut s'attendre à une résistance active, les gars ont une sale réserve de matériels militaires. Je note les infos pour les transmettre à Mente pendant que le lézard lâche tout ce qu'il peut lâcher. Soudain, je le sens monter et je gerbe aux pieds du Valmérien, j'aurais tenu jusque là au moins... En essuyant ma bouche : « Bon, c'est qui le patron ?
- Euh... Je...
- Je veux son nom.
- Il s'appelle Lopi Marh.
- Okay, bon. T'as autre chose à dire ?
- Mais non, j'ai tout dit. », Paco le détache puis le plaque sol, je lui demande discrètement ce qu'il fait et me prenant à part pour être sûr que le mec n'entende pas, il me fait une confidence : « Je le crois pas ce mec. Il cache un truc.
- Merde Paco, on lui a arraché un bras, tu penses pas que ça suffit ?
- Sal... De toutes les manières, on va pas le garder à bord, il va falloir le supprimer, alors autant...
- Quoi ?
- Ben quoi ?
- Tu veux le liquider ?
- Si on le liquide pas, on va le donner au gouvernement et c'est eux qui vont s'en charger, autant qu'on se le trimbale pas pendant tout le trajet, on s'attachera pas à lui comme ça. », s'attacher ? Ouais. Paco me dit qu'il sait que je ne pourrais pas le faire, ça ne le dérange pas de s'en charger. Il me file le joint, je tire quelques lattes et lui donne mon feu vert. Je sors doucement de la cuisine et vais dans ma serre. Il y a une nouvelle fournée de fraises qui semblent bien mûres, j'en attrape une et la fais exploser sous ma dent ; parfaite. J'attrape le panier et récolte une cinquantaine de fruits, je les mettrai au frigo après... Je vais ensuite inspecter la weed, mes deux pieds mères vont bien, ces deux plantes me permettent de prélever des boutures et d'assurer une réserve quasi inépuisable de weed. Il y a quinze pieds en floraison et vingt en croissance qui prendront le relais dès ma prochaine récolte. Le système est parfait. Quel calme ici. J'arrose les pieds et ajuste les différentes lampes pour qu'elles ne chauffent pas trop la cime de ces élégantes demoiselles. J'allume un pétard. Il est toujours étrange de fumer devant un pied encore vivant, un sentiment de malaise mêlé à l'ironie de la situation. Comme un allemand portant une fourrure devant des écureuils frigorifiés. Paco entre dans la pièce : « Il ne faudra pas tarder à couper les pieds, ils sont presque prêt, l'informé-je.
- Ouais, on s'en occupera mais là, le mec vient de dire un truc intéressant – je reste dos au lézard.
- Il est amoché ?
- Oui. », je ne sais pas si j'ai vraiment envie de le voir. Encore une source fiable de cauchemar : « Je dois venir ?
- Ben, non, je peux te dire ce qu'il m'a dit mais j'ai pensé que tu voudrais peut-être le questionner encore un peu, au cas où j'ai loupé un truc. », on s'avance tous les deux vers la cuisine et je tends le pétard au lézard. Le sas s'ouvre, le Valmérien est encore au sol, il tremble. Ma tête tourne, je vois que Paco a fait un boulot affreux mais je ne regarde pas plus en détail, je reste à distance raisonnable, le tortionnaire voit bien que je n'avancerai pas plus et il interpelle le bout de viande : « Alors, dis à mon ami ce que tu me disais tout à l'heure
- On attend un gros client dans pas longtemps, il va nous prendre la majorité de nos réserves d'armes... – sa voix est faible, j'enchaîne rapidement.
- Tu connais le nom du client ?
- Non, je le promets.
- D'accord. Y a quoi dans l'annexe ?
- On y garde toute les armes.
- Celles que vous allez vendre ?
- Oui...
- Ouais. », je fais signe à Paco que c'est bon, on a ce qu'il faut.
Il faut maintenant en finir avec notre ami, de toutes les manières c'est l'issue la plus favorable qu'il peut espérer. Le gouvernement ne va pas payer de soins et on ne peut pas le relâcher... Autant en finir rapidement. Je dis au reptile de faire ce qu'il veut mais que ce soit le plus humain possible. Je ne sais pas si j'utilise forcément les bons mots. J'attends dans ma chambre et après quelques minutes de cris et de pleurs, j'entends le sas principal s'ouvrir puis se fermer. Je rejoins le lézard dans la salle des commandes. Il est installé dans un canapé, il a beaucoup de sang sur ses fringues. Je m'assois à côté de lui. J'aimerais bien lui demander comment il fait pour faire ce genre de choses mais je suis certain que ses réponses ne m'aideraient pas y voir plus clair. C'est une nature que je ne peux pas saisir. Mes dents sont arrondies, les siennes sont saillantes, mes mains sont flasques, ses griffes sont faites pour tuer, son regard est terrifiant, le mien fatigué. Je lui demande de me filer le joint mais en l'attrapant je vois que la feuille est imbibée d'un rouge gerbant. Je lui rend le truc et m'en roule un autre. Il faut que je reprenne mes esprits, il faut appeler Mente et lui transmettre les informations, sinon tout ça n'aura servi à rien. Je termine mon joint, m'étire et me lève pour pianoter sur le clavier du moniteur. Mente apparaît : « Vous n'avez pas l'air en forme, Mocco.
- Bof, pas trop non.
- Alors, vous avez quelque chose ? Nous avons bien reçu les photos mais ce ne sera pas suffisant.
- Oui, oui, on a interrogé quelqu'un. », je lui récite tout ce que j'ai marqué sur mon bout de papier et elle acquiesce à chaque nouvelle ligne, à la fin, elle conclut : « C'est très bien. Parfait, même. Mais... Qu'est-ce que vous avez fait de la personne interrogée », ma mine est assez triste pour qu'elle le comprenne par elle même mais elle veut me voir prononcer les mots. Je le fais en complète soumission : « Parfait, je vous recontacte Monsieur Mocco, mais ne soyez pas si triste vous avez une nouvelle fois brillé. », l'écran se teinte de noir et je retrouve lourdement un canapé : « Ben, Sal, t'es malade ?
- Putain, j'aime pas quand ça se passe comme ça.
- Parce qu'on l'a tué ?
- Parce qu'on en a fait de la putain de charcuterie. Voilà.
- Ah... », j'allume un joint. J'en ai vu des mecs niqués, je sais que dans quelques heures je serai passé à autre chose mais là, j'encaisse le coup. Si les psys Valmériens étaient plus compétents, je n'aurais peut-être pas autant de mal à digérer ce genre de scènes, il y a bien une combinaison de mots qui trouveraient leur place dans mon crâne et qui me libéreraient de toute culpabilité. Ça commencerait par « Oh... La vie... » et finirait par « Tout trouve un sens, tu sais. », j'en suis sûr. La sonnerie du moniteur retentit, putain, quoi encore ? Mente a l'air tendu.

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