Saison 3 Chapitre 8

CHAPITRE 8

Paco m'a déjà avoué l'envie de se taper cette beauté Valmérienne, après avoir écouté la liste des choses qu'il lui ferait subir, j'ai essayé de le calmer, lui suggérant de laisser tomber l'affaire ; même si la chose se faisait de façon innocente, suite à une rencontre fortuite au milieu d'un bar de la première planète, il y aurait très certainement une série d'emmerdes pour les deux lézards dont ils se passeraient bien. Le gouvernement ne rigole pas avec les fuites d'informations et il sait comment se débarrasser de problèmes qui ne sont même pas encore apparus. Mente serait impuissante quand un des dispositifs obligatoires pour les officiels se mettrait à envoyer le signal correspondant à une palpitation anormale. Un peu plus tard, une vérification visuelle via l'enregistrement d'une caméra et le rapport d'un autre scribouillard posé sur le bureau de je-ne-sais-qui, commentant de façon détaillée la photo parfaitement définie des deux reptiles se mélangeant. Je pose mon pétard, Mente a l'air sérieuse : « Écoutez, vous n'allez pas aimer ce que je vais dire mais c'est une situation très délicate, nous sommes dans une impasse.
- Il y a un problème avec les photos ? demande Paco, un peu emmerdé.
- Pas du tout, le rapport que vous nous avez fait parvenir confirment les informations que nous avons. Il va y avoir une transaction entre les trafiquants d'armes et un très gros client.
- C'est ce qu'on a compris, ouais.
- Oui mais la chose va se passer plus tôt qu'on ne l'avait imaginé. Il va falloir que vous interveniez.
- Comment ça, demandé-je.
- Il faut que vous récupériez les armes avant...
- Quoi ?! », quelle pute, comment veut-elle qu'on fasse, « intervenir », putain, sur le moniteur, je vois qu'elle commence à s'énerver, sa tête gonfle et elle continue : « Laissez-moi finir ! Nous n'avons pas beaucoup de temps, il faut absolument que vous récupériez les armes avant que le client n'arrive, s'il en était autrement, il y aurait un risque énorme pour le système Valmérien.
- Il n'est pas question qu'on se foute dans ce merdier. On est deux et on est pas taillé pour affronter trente lézards armés, putain.
- Calmez-vous, Mocco. Vous n'avez pas le choix.
- Comment ça ?
- Écoutez, je ne suis pas à la tête de cette opération et ça me gène de devoir vous le dire mais mes supérieurs ne seront vraiment pas satisfaits si vous ne nous aidez pas. », ce qu'elle veut dire c'est que si je refuse, je peux tirer un trait sur tout ce que j'apprécie dans ce monde. Il doit y avoir un dossier sur moi, un dossier avec une colonne spéciale ; weed, canapés, tapis, navette personnelle, doivent y être inscrit. Quelle bande de putes. Elle voit la rage dans mon regard, une rage cannabique qui se manifeste par un bref « putain » suivi d'une mine triste : « Mocco, vous n'avez pas beaucoup de temps.
- Pourquoi faut-il récupérer les armes ? On ne pourrait pas tout faire exploser ? On risquerait moins de se faire dépecer vivant par ces connards.
- Il nous faut absolument ces armes, l'affaire ne peut vous être divulguée mais l'enjeu est énorme. Sachez-le, si vous réussissez, vous pourrez commencer à envisager la retraite sur le bord d'une plage, peut-être même sur une île privée. », une île privée... J'en doute. Mais de toutes les manières, comme elle l'a dit, je n'ai pas le choix. Voilà ce qu'implique de bosser avec ce genre de personnage : « Bon, on va le faire mais après ça, je refuserai catégoriquement toute affaire proposée par votre groupe. Après ça, c'est terminé.
- Très bien, je comprends – elle marque une pause –, une dernière chose cependant, nous avons aussi besoin que vous récupériez Lopi Marh vivant. Si jamais il venait à mourir durant l'opération, nous en tiendrons compte pour votre rémunération. », j'éteins le moniteur, assez entendu de conneries pour la journée. Je me cale dans le canapé avec Paco. J'attrape un joint et le grille efficacement. Il faut trouver un plan : « Alors Sal, on fait quoi ?
- Ben, putain... J'aurais bien grogner contre le gouvernement mais je crois qu'on a pas le temps. Si on veut garder notre weed et notre vaisseau va falloir faire ce qu'ils disent.
- Ouais, ou on pourrait se casser sur la troisième planète.
- Rejoindre les sociétés libres ? Oh non. Je suis pas un putain de dinosaure.
- Dinosaure ?
- On a pas le temps. Bon, soit on y va sauvagement, soit on les fait sortir de la baraque et on se les tape un par un.
- Un par un... Ça risque d'être difficile.
- Ouais mais c'est la seule solution si on veut choper Marh vivant.
- Ouais... – je grille quelques lattes de joints.
- Putain, on a pas le temps d'y réfléchir mille ans. C'est mort pour Marh, on fait tout péter.
- Et les armes ?
- Il faut juste dégommer la baraque principale, tous les flingues sont dans l'annexe.
- Il nous reste des torpilles.
- Ouais, y en a trois dans la soute. Elles sont de niveau deux, donc avec une seule on peut niquer le bâtiment, je pense que le souffle n'endommagera pas trop les alentours. Bon, allez, on se bouge. », Paco va chercher les torpilles et je regarde vite-fait les cartes pour voir par où arriver. Il va falloir être rapide, si un mec a le temps de sortir de l'annexe avec un des calibres qu'ils veulent vendre, il nous fera bouffer sa bite bien profond. On niquera pas tout le monde d'un coup, il restera quelques mecs, forcément... J'espère que Paco est en forme. Le lézard revenant avec les trois torpilles se dépêche d'enfiler la combinaison du mort : il faut aller installer les bidules à l'extérieur, directement sur les lanceurs. Ces petites choses nous ont été offertes par le gouvernement il y a de ça quelques temps, les cons nous en ont filé plus qu'il en fallait et on a décidé de malicieusement garder les trois survivantes. Au final, ce sera une fois de plus pour le bien du système Valmérien que ces dernières seront utilisées. Paco est efficace dans ce genre de manœuvre, je serais incapable de faire comme lui, je ne pense pas pouvoir porter une seule des merdes qu'il a entre les mains ; outre le fait qu'elles soient très lourdes, la peur de manipuler un tel objet m'empêcherait de me déplacer avec. Pendant que Paco s'active, je grille un gros joint et m'installe aux manettes du vaisseau. Putain, j'ai une boule au ventre. J'ai l'impression qu'on va tout droit se faire tuer et qu'on a même pas le temps d'y réfléchir. Perdre la weed serait comme un suicide programmé. Je ne pourrais tout simplement pas imaginer vivre ici sans cette plante, je deviendrais accroc à leur merde de liqueur et j'en crèverais peu de temps après. Ces cons d'officiels ont trop de pouvoir sur moi, même si ces fils de putes payent salement, après cette histoire, et si j'en sors vivant, je coupe les ponts. Terminé. Je le jure. Paco entre dans le vaisseau et je démarre à toute vitesse, joint au bec. On ne tarde pas à voir la cible, il y a trois mecs dehors à proximité du bâtiment principal, ils nous voient arriver et deux d'entr'eux se précipitent vers l'annexe pendant que l'autre arme son canon. J'enfonce un bouton et un rayon lumineux vert se matérialise entre le vaisseau et la terre, balayant cette dernière à la vitesse à laquelle nous nous rapprochons du complexe. Au moment où le laser se trouve entre le mec qui nous vise et le bâtiment posé derrière lui, je réappuie sur le bouton. Un puissant flash vient éclairer la zone, le mec est projeté, taillé en pièces de différentes tailles, la battisse, elle, est anéantie. Je me tourne vers Paco : « Je vais te poser rapidement au sol, essaye de gérer les mecs, je me ramène après avoir sécurisé le vaisseau. », Paco me fait un clin d’œil, il sait que les rôles ne pourraient être inversés. Je vole en rase-motte et Paco ayant ouvert le sas se jette au travers. Les deux mecs qui s'étaient réfugiés dans l'annexe en ressortent accompagnés de cinq lézards. Heureusement pour nous, la majorité des gars étaient dans la bâtisse principale mais reste quand même un petit escadron armés entre Paco et notre objectif. J'essaye de trouver un endroit pour poser notre engin et décide de le rapprocher au maximum de l'annexe pour ne pas avoir à transporter la cargaison sur une trop longue distance. Tout en effectuant la manœuvre, je peux voir le champ de bataille depuis un point de vue privilégié. Paco est déjà en train de courir, il passe à droite puis à gauche, derrière lui se dessinant de multiples cratères, les gars ont pris du lourd, pensant devoir lutter contre une carlingue métallique volante, il ne pensait pas à cette autre carlingue métallique que j'affectionne tant. Les lourds projectiles sont facilement évitables pour un être comme Paco, ce gars est une réelle machine. Voyant la chose arriver sur eux quelques gars lâchent leurs énormes fusils et se préparent à faire usage de leurs griffes, peut-être même de leurs dents, quelle erreur. Ce personnage n'est envisageable que dans les cauchemars les plus noirs. Les griffes rencontrent un alliage dur et implacable, les dents n'ont même pas le temps d'être de la partie. Paco pivote et réduit en bouillie un crâne d'une seule pression métallique. Un autre tombe comme un sac, la carotide broyée. Il n'y a plus de doute sur l'issue de cet affrontement. Le vaisseau atterri au moment où Paco travaille un quatrième lézard. Après avoir enfilé ma combinaison, j'ouvre le sas et me dirige prudemment vers l'annexe : elle se trouve à une centaine de mètres. Deux gars réussissent à regagner la cabane et mon ami ne m'attend pas pour les rejoindre. Je sors mon flingue et passe au niveau des corps, aucun ne semble avoir survécu. La lumière portée par la première planète est faible mais suffit à créer un sentiment de fragilité à cette scène, j'ai l'impression qu'à tout moment le noir pourrait être total, ne me laissant que deviner les détails des cadavres, ce serait terrible. Je prends donc soin de tout regarder et me rassure quant au fait que ces vies furent prises avec élégance et rapidité. La porte du refuge est entrouverte, il n'y a aucun bruit, j'appelle : « Paco ? – après quelques secondes, j'entends une voix un peu essoufflée.
- Oui, c'est bon, tu peux entrer. », en poussant la porte, je vois trois lézards au sol, bien niqués. Paco me demande s'il doit les finir. Il y en a un qui, de toutes les manières, ne tardera pas à succomber : sa poitrine est complètement enfoncée, sa combinaison collant à la plaie montre bien un groupe d'os brisés sortir de son thorax. Les deux autres ont plus de chance, l'un doit simplement avoir une jambe cassée, l'autre a pris un coup au visage et semble endormi. Je dis à Paco de tuer le plus triste des trois, la scène est peu ragoutante mais efficace : « Bon, Paco, bravo. On aurait pas pu imaginer mieux. », il a l'air un peu gêné par mon compliment. Soudain, un détail me frappe, un de ces lézards n'étaient pas sortis pour affronter notre équipe, il a un beau pantalon, une veste brillante, la crête propre... Le genre de mec à utiliser ses mains pour signer des chèques : putain ça doit être Lopi Marh. Je m'approche des deux reptiles gémissants, le flingue toujours à la main : « Eh, toi ! Tu es Lopi Marh, c'est ça ? », il me regarde avec des yeux de démons. Je fais signe à Paco de l'embarquer. Il y a deux très grosses caisses posées sur un chariot flottant, diverses armes sont entreposées à l'intérieur. Il est facile de déplacer le tout, je décide donc de m'en charger pendant que Paco embarque le gars sur son épaule, ce dernier pousse de longs cris plaintifs, sa jambe doit lui faire mal. Les deux lézards sont déjà sortis quand je passe la porte avec le chariot. Je regarde une dernière fois le dernier gars vivant, endormi. J'ai un instant d'hésitation... Le gars pourrait parler, il a vu Paco, il a vu le vaisseau et dans peu de temps, il va y avoir un mec pas content du tout dans le secteur qui va vouloir des réponses. Fait chier... Et puis merde, je peux pas tuer un mec comme ça. J'espère que le coup au crâne lui aura fait oublier tout ce qu'il s'est passé... J'en doute mais il me semble judicieux de le penser pour partir sans faire un geste malheureux de plus ; il y a eu assez de merdes comme ça, essayons de sauver cette journée. En peu de temps le vaisseau est regagné et les caisses sont installées dans la soute. Paco attache notre nouvel ami sur une chaise posée dans la salle des commandes et je fais décoller l'engin. Après quelques secondes de vol, le radar gueule, il y a trois navettes en approche. Putain, ils sont là. Paco tente de mettre l'accent sur sa fatigue : « Bordel ». J'acquiesce par une grimace, Marh pouffe comme une pute.

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